Σάββατο 25 Ιουνίου 2016

Les pays d'Europe qui ont le plus à craindre du résultat du Brexit

EUROPE - Bye bye Britain. Les Britanniques ont choisi de quitter l'Union européenne jeudi, avec 52% des voix selon les projections, un saut dans l'inconnu qui porte un coup terrible au projet européen et à leur Premier ministre David Cameron. Il est à craindre que cette décision du peuple britannique aura des conséquences certaines sur l'économie de l'UE et celle des principaux partenaires de Londres.
Première conséquence immédiate de ce référendum: le cours de la livre sterling s'est littéralement effondré. Dans son sillage, la Bourse de Tokyo chutait de 8%, laissant présager un "vendredi noir" sur les marchés mondiaux.
En France, la position officielle du gouvernement avant le vote était claire. La Grande-Bretagne devait rester en Europe. "C'est plus que l'avenir du Royaume-Uni dans l'Union européenne qui se joue-là, c'est l'avenir de l'Union européenne", avait martelé le président français François Hollande. Pour lui, "le départ d'un pays qui est géographiquement, politiquement, historiquement dans l'Union européenne aurait forcément des conséquences extrêmement graves".
François Hollande avait évidemment en tête les risques de turbulences économiques liées à un Brexit. Est-ce que cela ira toujours "mieux" après? D'après une étude de Standard & Poor's (S&P), il peut se rassurer. La France n'est pas celle qui a le plus à craindre des conséquences du Brexit.
(suite de l'article après le graphique)

Pour cette étude, S&P a conçu le Brexit Sensitivity Index (BSI) qui mesure pour chaque pays les exportations de biens et services vers le Royaume-Uni rapportées au PIB, les flux migratoires dans les deux sens, les créances du secteur financier sur des contreparties au Royaume-Uni, et les investissements direct au Royaume-Uni.
Au final, S&P a retenu les 20 pays les plus exposés au Brexit. Ce classement présente l'avantage de mettre l'impact éventuel en relation avec la taille de l'économie du pays. Pour cette raison, ce sont les petits pays comme l'Ireland, Malte, le Luxembourg, et Chypre qui seront en première ligne en cas de choc sur les échanges commerciaux ou les flux migratoires. Leurs liens financiers étroits avec le secteur bancaire britannique pourraient être une grosse source d'inquiétude.
En France, ce sont les Foreign Direct Investment (FDI, les investissements directs au Royaume-Uni) qui pourraient le plus nous perturber. Les exportations ou les liens avec la place financière britannique sont finalement assez limités, en tout cas plus que l'Allemagne.
Il faut noter que la Suisse, les Pays-Bas, l'Espagne et la Belgique semblent bien plus concernés que nous. Dernière surprise, il n'y pas que l'UE qui est concernée puisque le Canada se hisse à la 16 place de ce top 20.
Pour connaître avec précision l'intrication des économies européennes avec le Royaume-Uni, voici le détail du calcul du Brexit Sensitivity Index. On y découvre notamment que nos exportations vers le Royaume-Uni représentent l'équivalent de 2% du PIB de la France.



Πηγή : Le Monde
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Que change concrètement le « Brexit » pour le Royaume-Uni et pour l’Europe ?

Le Royaume-Uni a finalement choisi de mettre fin à quarante-trois années d’appartenance à l’Union européenne (UE), en disant oui au « Brexit » (contraction de « Britain » et « Exit ») lors d’un référendum dont les résultats ont été annoncés vendredi 24 juin au petit matin. Le camp du « Leave », favorable à la sortie du Royaume-Uni de l’UE, l’a emporté avec 51,9 %, contre 48,1 % pour le « Remain », camp pro-européen. Que va impliquer cette victoire ?




1. Le premier ministre David Cameron va-t-il démissionner ?


Oui, le premier ministre conservateur, qui avait initié le référendum alors qu’il était lui-même opposé au Brexit, a annoncé qu’il quittera son poste dans les trois mois. « Je pense que le pays a besoin d’un nouveau leader », a annoncé David Cameron dès vendredi matin. Une décision surprenante, puisqu’il avait affirmé au Times la semaine précédente qu’il se maintiendrait quelle que soit l’issue du vote.

M. Cameron restera pour faire la transition jusqu’à la désignation d’un nouveau leader lors d’un congrès du Parti conservateur en octobre, qui deviendra automatiquement premier ministre. Le porte-parole des pro-Brexit et ancien maire de Londres, Boris Johnson, est le prétendant le plus sérieux pour prendre la place de premier ministre.


2. Quand le Royaume-Uni sortira-t-il officiellement de l’Union européenne ?


Le résultat d’un vote par référendum n’est pas juridiquement contraignant. Néanmoins, David Cameron a déclaré vendredi que « la volonté du peuple britannique doit être respectée ». Le premier ministre laissera à son successeur l’épineux dossier de la sortie de l’Union européenne.
« Les négociations avec l’Union européenne doivent se faire avec un nouveau premier ministre. »
Pour que le Royaume-Uni quitte l’UE, il doit formellement annoncer ses intentions lors d’un Conseil européen, comme décrit dans l’article 50 du traité de Lisbonne. Cela tombe bien, un Conseil est organisé les 28 et 29 juin, et le Brexit sera bien évidemment au centre des discussions. Une période de deux ans est prévue pour préparer la sortie, mais elle peut être raccourcie si un accord est trouvé (ce qui semble peu probable). Elle peut aussi être allongée, mais il faut pour cela obtenir l’unanimité des Etats européens, faute de quoi le Royaume-Uni se retrouverait sans accords commerciaux ni accords préférentiels de libre circulation.

Commenceront alors de longues négociations sur les modalités du désengagement britannique, notamment concernant un éventuel accès au marché unique. Le ministère des affaires étrangères britannique a annoncé que les négociations pourraient mener à plus d’une décennie d’incertitudes, rappelant que, pour les traités commerciaux de grande ampleur comme les accords entre l’UE et le Canada, les tractations ont pris des années. Ces accords ne sont d’ailleurs pas encore ratifiés.


3. Un pays qui quitte l’UE, est-ce une première ?


C’est effectivement la première fois qu’un Etat membre de l’Union européenne décide d’utiliser l’article 50. En revanche, le Groenland, qui a obtenu un statut d’autonomie en 1975 (il était auparavant rattaché au Danemark en tant que comté d’outre-mer), a voté pour sortir de la Communauté économique européenne (CEE, ancêtre de l’UE) en 1982. Ce retrait a été ratifié en 1985, et le Groenland est parvenu, depuis lors, à maintenir des exemptions douanières, notamment concernant la pisciculture. Il est dorénavant un territoire d’outre-mer associé à l’UE.

4. Le Brexit modifie-t-il l’équilibre des pouvoirs au sein de l’UE ?


Selon une étude du cabinet de conseil Global Counsel, l’équilibre des pouvoirs sera modifié au sein du Conseil européen, notamment en ce qui concerne les débats de politique économique. Selon des règles de vote introduites en novembre 2014, une minorité de blocage au Conseil européen doit être prise par au moins quatre Etats membres et représenter au moins 35 % de la population totale de l’UE.

Avec la sortie du Royaume-Uni, les tenants d’une ligne plus libérale perdent un pays très peuplé. Et le « bloc libéral », que composaient notamment le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou encore la République tchèque, passera de 25 % à 15 % de la population totale de l’Union européenne. Régulièrement, l’Allemagne rejoignait ce bloc pour dépasser le seuil de 35 % nécessaire à un veto. Il faudra désormais l’appui de pays traditionnellement plus conservateurs pour poursuivre cette stratégie.

Par ailleurs, le véritable moteur de l’UE, notamment sur le plan économique, est un jeu d’influence à trois entre l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. En l’absence de ce dernier, avec qui il pouvait être un allié de circonstances, Berlin se retrouvera face à Paris sans véritable contrepoids. La convergence des positions entre France et Allemagne deviendra encore plus nécessaire – et l’influence de Paris s’en trouvera renforcée.

5. Faudra-t-il un visa pour voyager ou travailler au Royaume-Uni ?


Tant que le Royaume-Uni est dans l’Union européenne, les règles concernant la libre circulation des personnes restent inchangées : n’étant pas un pays de la zone Schengen, il faudra toujours un document d’identité prouvant son appartenance à un pays de l’Union européenne pour voyager outre-Manche et y travailler.

Les choses se corseront à partir du moment où le Brexit sera effectif. Selon les modalités négociées entre le Royaume-Uni et les pays membres de l’UE, il se peut qu’il faille un visa pour voyager dans le pays. Si le Royaume-Uni arrive à négocier un accord lui permettant de rester au sein du marché unique, il est très probable que la libre circulation des personnes soit acquise. Mais le gouvernement britannique pourrait aussi imposer des restrictions liées au permis de travail. La réciprocité s’appliquant, les Britanniques auraient besoin d’un visa pour travailler dans un pays de l’UE, et vice-versa.

6. Quelles conséquences pour les étudiants ?


Les étudiants britanniques, qui sont de plus en plus nombreux à partir étudier à l’étranger, seront les plus touchés car il deviendra plus difficile pour eux d’effectuer leur mobilité sans le programme Erasmus. Un accord pourrait toutefois être trouvé, comme c’est aujourd’hui le cas pour la Suisse et la Norvège – mais cela prend du temps. Les financements de recherche allant de pair avec le programme Erasmus s’en trouveraient impactés également. Enfin, les étudiants européens au Royaume-Uni pourraient payer des frais universitaires beaucoup plus importants qu’actuellement car ils seront considérés comme tous les autres étudiants internationaux.


7. Pourra-t-on encore acheter des toffees chez Marks & Spencer ?


Evidemment. En revanche, ils pourront, à terme, coûter plus cher, selon ce qui sera négocié : des taxes douanières pourraient faire augmenter le prix de ces friandises. L’ancien PDG de Marks & Spencer, Stuart Rose, proeuropéen convaincu, a prévenu qu’un Brexit provoquerait une augmentation des prix, au Royaume-Uni et ailleurs.

7. L’anglais restera-t-il la langue de travail de l’UE ?


Selon toute vraisemblance, oui. Si les 24 langues des pays de l’UE sont acceptées au sein des institutions européennes, le français et l’anglais sont les deux le plus fréquemment usitées. Néanmoins, l’anglais est une langue véhiculaire à travers l’Europe : il serait parlé par 38 % des Européens dont ce n’est pas la langue maternelle, ce qui en fait la langue la plus utilisée au sein de l’UE, selon un rapport de la Commission européenne de 2012.

8. L’Ecosse va-t-elle tenter de rester dans l’Union européenne ?

Peut-être, mais pas tout de suite. Contrairement au reste du Royaume-Uni, les Ecossais ont voté à 62 % en faveur du maintien dans l’Union européenne, avec toutefois une participation assez faible. La première ministre de l’Ecosse, Nicola Sturgeon, dirigeante du Parti national écossais (SNP) a prévenu que la région voyait « son avenir au sein de l’Union européenne ».

Alors que les Ecossais avaient refusé par référendum en 2014 de se séparer du Royaume-Uni, le SNP estimait, avant le vote sur le Brexit, qu’une nouvelle consultation sur l’indépendance pourrait être organisée « s’il y a un changement significatif par rapport aux circonstances de 2014, telle qu’une Ecosse tirée en dehors de l’Union européenne contre sa volonté ». Nicola Sturgeon reste toutefois prudente et ne s’engage pas sur la tenue rapide d’un nouveau référendum qu’elle n’est pas sûre de remporter.


9. Que deviennent les programmes financés par l’UE au Royaume-Uni, les subventions cesseront-elles ?


Le Royaume-Uni bénéficie de plusieurs milliards d’euros au titre des programmes financés par l’Union européenne en faveur de ses membres. Si Londres quitte l’UE, ces aides pourraient disparaître. Une grande partie du débat lors de la campagne électorale consistait à savoir si le pays sera financièrement bénéficiaire ou non. D’un côté, les partisans du Brexit avançaient le poids de la contribution britannique à l’UE, qui s’élève à 250 millions de livres (325 millions d’euros) par semaine ; de l’autre, les proeuropéens rappelaient les risques de réinstaurer des barrières douanières et de perdre des subventions garanties par l’UE.

10. Quel accord de libre-échange le Royaume-Uni peut-il négocier ?


Londres devra nécessairement renégocier des accords d’échanges économiques avec Bruxelles. Il pourra s’appuyer sur différents précédents :

L’OPTION NORVÉGIENNE

La Norvège fait partie de l’Espace économique européen (EEE), qui bénéficie d’un accès complet au marché unique. En revanche, elle doit obéir à la plupart des règles de l’Union européenne, dont la libre circulation des biens et des personnes. Elle contribue aussi au budget européen. Elle ne bénéficie pas des 50 différents accords de libre-échange de l’Union européenne, mais en tant que membre de l’Association européenne de libre-échange (AELE), comme tous les pays de l’EEE, il peut négocier ses propres accords commerciaux.

L’OPTION SUISSE

La Suisse fait partie de l’AELE, mais à la différence de la Norvège, elle a négocié des accords bilatéraux avec l’UE. Elle contribue au budget européen et obéit aussi à la libre circulation des biens et des personnes. Certains de ses secteurs, dont le secteur bancaire, ont des accès restreints à l’Union européenne. En revanche, elle est libre de négocier des accords bilatéraux avec des pays tiers.

L’OPTION CANADIENNE

L’Accord économique et commercial global (CETA) implique la levée des droits de douane sur de nombreux produits à l’importation ou à l’exportation entre le Canada et l’Union européenne. Les négociations ont duré plus de sept ans et l’accord n’est pas encore ratifié. Si Londres choisit cette option, elle ne sera probablement pas en position de force : seuls 6 % des biens de l’UE sont exportés au Royaume-Uni. De plus, le CETA ne garantit pas la levée des barrières douanières sur les services.

L’OPTION DE L’ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE (OMC)

Si aucun deal n’est trouvé, ou en attendant qu’il le soit, le Royaume-Uni devra avoir recours aux règles de base de l’OMC, comprenant des obstacles douaniers mais aussi l’évaluation en douane des marchandises ou le contrôle de l’origine des produits.

Quelle que soit l’option choisie, il y a de fortes chances que différents pays de l’UE en profitent pour affaiblir, à leur avantage, l’un des domaines économiques où le Royaume-Uni est réputé. Par exemple, l’UE pourrait proposer un accord de libre-échange qui ne concernerait que les biens manufacturés, ce qui contraindrait la City à perdre de l’influence et des parts de marché dans les secteurs financiers et bancaires.

11. La situation change-t-elle pour les migrants à Calais ?


Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a prévenu qu’en cas de Brexit, « la France ne retiendrait plus les migrants à Calais ». Conclus en 2003, les accords du Touquet visent à renforcer les contrôles aux frontières entre la France et le Royaume-Uni, et – à l’époque – de mettre fin au centre d’accueil de Sangatte, en généralisant les contrôles opérés par des policiers anglais sur le sol français. De fait, des milliers de migrants se retrouvent bloqués dans la « jungle » de Calais, en attendant une hypothétique traversée vers la Grande-Bretagne.


L’accord du Touquet est un accord bilatéral, qui n’a aucun lien avec l’Union européenne, mais il peut être dénoncé. Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur français, a toutefois repris M. Macron, en expliquant qu’il n’y avait pas de raisons valables d’annuler ces accords.

Πηγή : Le Monde
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« Brexit » : comment Cameron s’est laissé prendre à son propre piège

Terrassé par le vote franc des Britanniques en faveur du « Brexit », David Cameron quittera donc son poste de premier ministre à l’automne. Mais comment celui-là même qui a pris l’initiative d’organiser un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne (UE) s’est-il retrouvé à faire campagne pour le « remain » et à la perdre – sacrifiant sa tête au passage ?



Acte I : la « trahison » du traité de Lisbonne

Chef de l’opposition
L’histoire commence, en un sens, en 2009. David Cameron n’est pas encore premier ministre, mais chef de l’opposition conservatrice. Le gouvernement travailliste de Gordon Brown vient d’approuver par la voie parlementaire le traité de Lisbonne, ersatz du défunt traité constitutionnel européen. M. Cameron, qui avait plaidé en vain pour consulter les Britanniques par référendum sur ce texte, fait une promesse : « Il ne sera plus jamais possible pour un gouvernement britannique de transférer davantage de pouvoirs à l’Union européenne sans que le peuple britannique ait son mot à dire par la voie d’un référendum. »

Le thème de la « trahison » des travaillistes émaille la campagne victorieuse qui le porte au pouvoir, le 11 mai 2010.


Acte II : la pression des eurosceptiques


Premier mandat
Au 10, Downing Street, David Cameron est mis sous pression par son propre camp, de plus en plus eurosceptique. A la suite d’une pétition signée par 100 000 Britanniques, la Chambre des communes se prononce en octobre 2011 sur la possibilité d’un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne. Le résultat du vote est nettement négatif, mais 81 parlementaires conservateurs « rebelles »votent pour le référendum, contre l’avis du gouvernement.

En juin 2012, alors que l’UE esquisse un nouveau saut dans son intégration pour faire face à la crise de la zone euro, David Cameron martèle que l’heure n’est pas au référendum : en « eurosceptique pragmatique », il souhaite d’abord proposer des « changements » dans la relation du Royaume-Uni avec l’UE, pour que les électeurs britanniques puissent, in fine, faire un « vrai choix ».

Dès l’automne 2012, alors que la progression du Parti de l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) dans les sondages menace son parti, le premier ministre commence à distiller l’idée qu’un référendum pourrait avoir lieu après les prochaines élections. Ce qu’il transforme en promesse électorale en janvier 2013 : si les conservateurs remportent le prochain scrutin et qu’il est reconduit, M. Cameron entamera une renégociation des termes de l’appartenance européenne du Royaume-Uni, avant de proposer, en 2017, un « choix simple » aux Britanniques : rester ou partir.


Acte III : le compte à rebours engagé


Second mandat
Réélu triomphalement le 8 mai 2015, David Cameron engage immédiatement le processus d’organisation du référendum, programmé en juin 2016.
Commence alors pour lui un compte à rebours dangereux : il a un an pour renégocier auprès de ses partenaires européens les termes du contrat qui lie les Britanniques à l’UE.


Acte IV : Brexit et Cameronexit


Fin de règne
Le 19 février, après trente heures de négociation, le premier ministre britannique arrache à ses homologues européens un « accord anti-Brexit ». Ce qu’il présente comme un « statut spécial » n’est que le prolongement des exceptions dont jouit déjà le Royaume-Uni depuis des années : à part la possibilité de limiter les aides sociales attribuées aux immigrés issus de l’UE, David Cameron n’a guère obtenu que l’assurance que le Royaume-Uni pourra rester à l’écart de toutes les prochaines réformes du fonctionnement de l’Union.

Le chef de file des conservateurs s’engage alors sur la corde raide, en tentant de convaincre les Britanniques de voter pour le « maintien », car ce compromis est satisfaisant, tout en proclamant qu’il « n’aime pas Bruxelles ». Incapable de livrer un véritable plaidoyer pour l’Europe, il ne peut empêcher sa majorité conservatrice de se déchirer entre le « Remain » et le « Leave » et garde au sein de son gouvernement cinq ministres « rebelles » qui font campagne pour le Brexit.

Malgré le meurtre de la députée proeuropéenne Jo Cox à une semaine du scrutin, qui frappe le Royaume-Uni de stupeur et semble un temps pouvoir renverser la vapeur, le couperet tombe dans la nuit du 23 au 24 juin : le « Brexit » l’emporte avec 51,9 % des voix. « Lucky Dave » a perdu son pari.
Dans la matinée, sur le perron du 10, Downing Street, David Cameron reconnaît sa défaite : « Je ne crois pas qu’il serait bon pour moi que je sois le capitaine qui dirige le pays vers sa prochaine destination. » Il annonce son intention de quitter le pouvoir sous trois mois, laissant à son successeur la charge d’engager officiellement le processus de désengagement du Royaume-Uni de l’UE.

Πηγή : Le Monde

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« Brexit » : le jour où le Royaume-Uni est sorti de l’Union



L’Union européenne (UE) s’est endormie à vingt-huit jeudi 23 juin, elle s’est réveillée à vingt-sept vendredi. Près de 52 % des Britanniques ont voté leave (« quitter » l’UE), jeudi, lors du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE, ouvrant la porte vers une nouvelle histoire semée d’incertitude. Récit d’une journée de « Brexit ».

4 h 44, une nouvelle aube


Un partisan du « Brexit » devant Parliament Square, à Londres, le 24 juin.

La rumeur est montée crescendo au cours de la nuit. Et si, après avoir été annoncé perdant dès la fermeture des bureaux de vote, à 22 heures, le vote en faveur du Brexit l’emportait finalement ? Dans les bureaux de la City, certains n’ont pas fermé l’œil.
Au cœur de la nuit, à mesure que les résultats des bureaux tombent, le scénario d’une majorité pour le Brexit s’affine. Nigel Farrage, leader du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (United Kingdom Independence Party, UKIP), qui avait prédit sa défaite, change de ton. « Je commence à rêver que l’aube se lève sur un Royaume-Uni indépendant », écrit-il sur Twitter. Il est 4 h 44.

Une heure plus tard, l’issue ne fait plus guère de doute. Les Britanniques ont voté à 51,9 % pour que leur pays quitte l’Union, qu’ils avaient rejointe en 1973. Les résultats du référendum montrent un Royaume-Uni profondément divisé, avec Londres, l’Ecosse et l’Irlande du Nord qui ont voté pour rester dans l’UE, tandis que le nord de l’Angleterre et le Pays de Galles ont voté pour la sortie. Pour les Vingt-Huit, c’est un choc : jamais un membre de l’Union ne l’a quittée depuis le début de son histoire.

Le choc arrive par les marchés


Des traders, dans le quartier d’affaire Canary Wharf, à Londres, le 24 juin.

Au fil du dépouillement, la Bourse de Tokyo commence à tanguer dans la nuit, face aux grandes incertitudes financières qu’augure le Brexit. L’indice Nikkei termine sa dégringolade à 7,92 % – un plongeon jamais vu depuis la chute de Lehman Brothers, en 2008. A l’ouverture des Bourses européennes, rebelote : à Paris, le CAC 40 perd 5 % ; le FTSE à Londres comme le DAX à Francfort baissent de 10 %, entraînés par la chute des indices bancaires, qui frôle 30 % – les banques avaient majoritairement parié sur la victoire du non au Brexit.
Dans toute l’Europe, c’est un réveil de gueule de bois : sur les réseaux sociaux, au Royaume-Uni et ailleurs, stars et anonymes disent leur tristesse de voir le Brexit l’emporter. L’écrivaine J. K. Rowling, qui a fait campagne contre le Brexit, réconforte ses lecteurs sur Twitter, avec un humour tout britannique. A un internaute londonien hostile au Brexit qui disait : « Nous sommes ouverts, nous aimons la diversité et la compassion », elle répond : « Je vous aime, et Londres aussi – enfin, je vous aime d’une manière qui ne nous mette pas, vous ou moi, mal à l’aise, nous restons anglais. »


La « une«  du « London Evening Standard » du 24 juin.

Dans les journaux, les éditoriaux allemands ou français sont sévères, ils dénoncent « une catastrophe historique » ou « un jour noir ». En Grande-Bretagne, les tabloïds, qui ont presque tous fait campagne pour le Brexit, exultent, tout comme les sympathisants du UKIP.
Ces derniers déchantent quelque peu en milieu de matinée lorsque Nigel Farage, leader du parti, reconnaît sur un plateau de télévision que l’un des arguments massue de sa campagne, qui consistait à direqu’en cas de Brexit la contribution de la Grande-Bretagne serait reversée à la sécurité sociale, était tout simplement faux.

« Je pense que le pays a besoin d’un nouveau leader »


Le 24 juin, David Cameron annonce qu’il démissionnera dans les trois mois.

Peu après 9 heures, sur le perron du 10 Downing Street, l’air grave, David Cameron annonce sa démission du gouvernement dans les trois mois. « Je pense que le pays a besoin d’un nouveau leader », a déclaré celui qui avait pris l’initiative du référendum et qui avait milité pour le maintien de son pays dans l’UE.
« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, ces prochaines semaines et ces prochains mois, pour stabiliser le navire, mais je ne pense pas qu’il soit bénéfique que je sois le capitaine qui dirige notre pays vers sa nouvelle destination », a-t-il dit, s’estimant incapable de mener les négociations qui s’ouvrent pour avaliser le départ du pays. Il assurera la transition, qui durera au maximum jusqu’en octobre, espère-t-il, lorsque sa formation politique, le Parti conservateur, désignera un nouveau leader.
M. Farage exulte devant une foule en délire : « Nous l’avons fait pour l’Europe entière. J’espère que cette victoire fera tomber ce projet raté et nous guidera vers une Europe de nations souveraines. Débarrassons-nous du drapeau [européen], de Bruxelles et de tout ce qui a échoué. Faisons de ce 23 juin notre jour d’indépendance ! »
En Ecosse, à l’inverse, c’est le choc : on s’y est prononcé à 62 % pour rester dans l’UE. L’ensemble des 32 circonscriptions écossaises ont choisi le maintien. Dans la matinée, Nicola Sturgeon, première ministre de l’Ecosse, déclare que la région voit « son avenir au sein de l’Union européenne ». Elle ajoute : « La possibilité d’un second référendum [sur l’indépendance de l’Ecosse par rapport au Royaume-Uni]doit être sur la table, et elle est sur la table. »

Un « coup porté » à l’Union


Angela Merkel s’exprime devant la presse au sujet du vote en faveur du Brexit.

Tour à tour, au fil de la journée, les dirigeants européens prennent acte de la défection de leur partenaire britannique. Angela Merkel met en garde contre « le coup porté » à l’UE et « au processus d’unification européenne ». Matteo Renzi, chef du gouvernement italien, juge essentiel de « rénover » la maison Europe.
Dans une allocution, François Hollande tente de placer la France au cœur d’un renouveau européen, pour faire face à une situation qu’il regrette « profondément » et qui met « gravement l’Europe à l’épreuve ».« L’Europe ne peut plus faire comme avant », ajoute-t-il, et l’appelle désormais à « se concentrer sur l’essentiel », une feuille de route dont les têtes de chapitre seraient « l’investissement pour la croissance et pour l’emploi », l’« harmonisation fiscale et sociale » ainsi que « le renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique ».
La classe politique française apparaît divisée face au choix des Britanniques. « La plus grosse erreur que nous pourrions faire, ce serait de laisser entendre qu’à vingt-sept on peut continuer comme avant », déclare Alain Juppé, candidat à la primaire de la droite, tandis que son possible adversaire Nicolas Sarkozy demande « un nouveau traité européen ».
POUR MARINE LE PEN, C’EST UNE « VICTOIRE DE LA LIBERTÉ »
« L’urgence, c’est de rebâtir un projet européen ambitieux, avec les citoyens », estime le socialiste Harlem Désir, secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes. La gauche radicale s’engouffre dans la porte ouverte par le Brexit. « L’heure du plan B va sonner. Ma candidature pour l’élection présidentielle est celle de la sortie des traités européens », assure Jean-Luc Mélenchon, candidat pour le Parti de gauche.
Sans surprise, le Front national (FN) se réjouit du vote des Britanniques en faveur de leur sortie de l’UE. « Victoire de la liberté ! Comme je le demande depuis des années, il faut maintenant le même référendum en France et dans les pays de l’UE », écrit Marine Le Pen, présidente du FN, sur Twitter.

Et demain ?


Boris Johnson, ancien maire conservateur de Londres, le 24 juin.

Sur les places boursières, c’est toujours la stupéfaction. Toutes clôturent en baisse : moins 8,04 % pour Paris, moins 6,82 % pour Francfort, moins 12,35 % pour Madrid, moins 12,48 pour Milan et moins 3,39 % pour New York. Londres démarre la journée en chute libre, mais la termine par une chute modeste de 2,76 %. Dans la journée, la Banque d’Angleterre s’engage à injecter 250 milliards de livres de liquidités dans l’économie, pour stopper la panique qui s’empare de la Bourse de Londres.
Dans combien de temps le divorce sera-t-il prononcé ? Le plus vite possible, réclament les partenaires européens. Tout délai « prolongera de manière non nécessaire un climat d’incertitude », préviennent les présidents du Conseil européen Donald Tusk, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker le président du Parlement européenne Martin Schulz, ainsi que le premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte, qui détient actuellement la présidence tournante de l’Union.
« IL N’Y A ACTUELLEMENT NUL BESOIN DE SE HÂTER », SELON BORIS JOHNSON
Les Britanniques semblent toutefois moins pressés de précipiter leur départ, dans un contexte où ils devraient renégocier de nombreux traités. M. Cameron a annoncé qu’il laissera à son successeur le soin de s’y atteler. « Il n’y a actuellement nul besoin de se hâter », renchérit Boris Johnson, ancien maire conservateur de Londres, qui ressort comme l’homme fort des tories après qu’il a fait campagne pour le Brexit.
En fin de journée, le calendrier des jours à venir s’éclaircit – lundi, une rencontre aura lieu entre François Hollande, Matteo Renzi et Angela Merkel avant le conseil européen de mardi et mercredi. Mardi un débat aura lieu en France au Parlement, après un discours du premier ministre Manuel Valls. En Grande-Bretagne, l’incertitude persiste : après le départ annoncé de M. Cameron et les exhortations des dirigeants de l’Union à hâter le processus, la balle est à nouveau dans le camp en faveur du Brexit, avec M. Johnson en tête.
Πηγή : Le Monde
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